
Le travail du sol reste volontairement traditionnel, quoique réalisé en grande partie par des tracteurs enjambeurs et un matériel de plus en plus performant. Nos quatre façons de labours : chaussage, déchaussage, chaussage, déchaussage rythment toujours l’année culturale, presque de manière immuable. Il est vrai que nos sols, dans l’ensemble légers et bien structurés grâce aux apports de fumier, se prêtent de bonne grâce à ces travaux superficiels.
Plus curieusement peut-être, nous continuons par deux fois dans l’année à « tirer les cavaillons » à la main ; il s’agit en fait de dégager la gangue de terre laissée par les charrues autour des ceps. Outre l’intérêt évident d’assurer une propreté parfaite du sol sans employer aucun désherbant, ce travail, grandement facilité de nos jours par la précision des charrues « décavaillonneuses », est toujours effectué au «prix-fait» par les vigneronnes. Nous tenons beaucoup à ce système traditionnel de rémunération à la tâche : il accroît la responsabilité des vignerons et vigneronnes, transformant chacun d’eux en un petit entrepreneur libre de gérer son travail. Mais ce système ne peut perdurer que s’il autorise des perspectives de revenus plus importants, qui sont la juste contrepartie d’un travail mieux fait. L’intérêt de l’homme se confond avec celui de la vigne ; parler d’elle, c’est raconter l’aventure de leurs vies entremêlées.