Le domaine vignoble de Château Margaux

Au fil des saisons

Assemblages

Assemblages

Peu de décisions sont aussi importantes dans la vie du vin que l’assemblage, ou plutôt les assemblages, car il s’agit de faire naître trois vins : Château Margaux, depuis longtemps qualifié sur nos étiquettes de « premier » ou de « grand » vin par rapport au Pavillon Rouge du Château Margaux, notre second vin ; puis un troisième, qui n’a pour vocation que d’améliorer les deux précédents. L’assemblage est donc d’abord une opération de sélection, mais aussi, comme son nom l’indique, de construction, de composition au cours de laquelle plusieurs individualités fusionnent en un tout plus grand que le meilleur des éléments qui le constituent. Pour nous, c’est vraiment une naissance.

Bien sûr, nous y pensons depuis le premier jour où, vers la fin des vendanges, nous commençons à goûter le résultat des vinifications soigneusement séparées de chaque parcelle. Le terroir exprime si vite son génie que nous pourrions presque déjà, à peine terminée leur fermentation alcoolique, réunir les meilleures cuves et composer le premier vin. Mais ce serait aller trop vite, car pour certaines la valeur se révèle plus tard. Quelques semaines s’écoulent, rythmées par l’écoulage, puis la fermentation malolactique et la mise en barriques. Enfin arrive le moment de l’assemblage.

Deux, parfois trois grandes dégustations nous rassemblent pendant le mois de janvier autour d’une longue table couverte d’échantillons. L’ambiance est un peu formelle, ou plutôt légèrement solennelle. Nous retrouvons avec gourmandise le fruit généreux des merlots, la suavité délicate des cabernets, la force un peu rustique des petits verdots.

Nous découvrons avec émotion la finesse qui se cachait derrière ces tanins un peu sévères, ou l’équilibre que l’on ne soupçonnait pas sous cette puissance encore brute. Peu à peu, les assemblages du premier, puis du second, et du troisième vin enfin se bâtissent et s’affinent. Sommes-nous déjà un peu ivres ? Oh, pas de la fierté de ceux qui créent, car nous savons bien que c’est la nature qui enfante ; mais peut-être, oui, de la joie de l’avoir assistée un instant, d’avoir été là quand elle avait besoin de nous.