
Les chaudes journées de septembre, si typiques du climat bordelais, sont déterminantes pour la maturité des raisins, si bien que nous passons vite de l’espoir à l’inquiétude, au gré des nuages venus de l’océan si proche. Bientôt, les vendanges seront là. Leur organisation occupe heureusement notre temps et notre esprit, et nous voyons à peine les jours passer dans cette atmosphère déjà enivrante.
Nous y voici enfin. Tous ces gens rassemblés, tout ce travail devant nous, ces doutes, ces espérances, quel bonheur !
Les parcelles de merlot sont toutes récoltées ; nous sommes « dans » les cabernets sauvignons. Les journées maintenant plus courtes commencent dans une lumière douce, pure, à laquelle un léger brouillard apporte parfois un soupçon de mystère. Un à un, les vins se révèlent quand leur fermentation alcoolique s’achève. Nous les découvrons avec avidité et gourmandise.
Déjà la fin des vendanges ! Pourquoi cette nostalgie, soudain, comme un lendemain de fête ? Allons, demain c’est la gerbaude, et puis les écoulages : nous retrouverons dans le cuvier les bruits, l’excitation, la convivialité qui régnaient dans la vigne. Mais le temps reprend inexorablement son cours plus paisible. Les feuilles qui tombent en abondance sous les bourrasques de novembre donnent le signal du retour des vignerons et vigneronnes dans leurs parcelles. Il est temps de songer à la fumure de la vigne, en récompense des efforts qu’elle a prodigués. Dans le cuvier, tout est redevenu plus calme, le vin comme les hommes qui le servent. La vie reprend dans le chai de première année où commence l’élevage en barriques. Le bois neuf marque tout de suite et si fortement les vins nouveaux, surtout de merlot, qu’il est bien difficile de les goûter jusqu’au début de l’hiver. Lorsqu’ils le digèrent enfin, avec cette aisance qui est l’apanage des plus grands, ils nous révèlent leur subtilité, leur fraîcheur, leur richesse ; nous avons presque l’impression qu’ils nous ouvrent leur cœur.