Le domaine vignoble de Château Margaux

Au fil des millésimes

Millésimes

Les grands et petits millésimes

Il en va des millésimes comme des événements et des hommes ; l’histoire ne retient que les plus grands. Est-ce juste ? Peu importe. Au-delà de sa réputation, des jugements, des sensations qu’il fait naître, un grand millésime se distingue surtout par sa formidable capacité à nous émouvoir. Château Margaux 1953, 1961, 1982, 1990, pour n’en citer que quelques-uns, paraissent nous toucher le cœur avant, ou en même temps qu’ils comblent nos sens. Un très bon vin nous impressionne, un grand vin nous émeut ; là est la différence, dérisoire, insaisissable et considérable à la fois.

Et les petits millésimes ? Nés dans des conditions difficiles, élevés dans l’indifférence, ils vieillissent dans l’oubli jusqu’au jour où, un peu par hasard ou par curiosité, on se décide enfin à les boire. Bien sûr, il n’y a pas de miracle ; ni les grandes émotions, ni les fortes impressions ne sont alors au rendez-vous. Mais le plus souvent nous attend un plaisir franc et sans fioriture, d’autant plus vif qu’il est inespéré.

Les « petits » millésimes font le bonheur des amateurs avisés : moins chers que les plus grands, ils ont l’avantage d’évoluer plus vite, et révèlent au bout de dix ou quinze ans, à défaut de puissance, cette subtilité qui est l’apanage des grands terroirs. La plupart d’entre eux n’ont d’ailleurs aujourd’hui de petit que le nom dont on les affuble encore par habitude. Les progrès techniques et la rigueur de la sélection, aiguillonnés par un certain refus de la fatalité, conduisent à produire des très bons, des bons, ou… pas de millésime. Oubliera-t-on un jour le charme fortuit et subtil de leur découverte ?