Le domaine vignoble de Château Margaux

Au fil des siècles

Classement de 1855

Napoléon III, raillé par Victor Hugo comme Napoléon le Petit, rend un fier service aux grands vins rouges du Médoc en organisant à Paris, dès 1855, la Deuxième Exposition Universelle.

L’empereur se hâte de suivre l’Angleterre qui a inauguré la Première Exposition Universelle à Londres en 1851 à l’instigation d’Albert de Saxe, le mari de la reine Victoria ; il comprend l’intérêt, pour les pays participants, de présenter leurs dernières nouveautés industrielles, scientifiques et culturelles et il ne veut pas rater cette occasion de glorifier les produits français, dont les vins prestigieux du Médoc.

Il désire que ces vins soient présentés dans le cadre d’un classement ; une dégustation à l’aveugle est organisée à Paris dont l’aboutissement est ce fameux classement officiel de 1855 qui divise en 5 niveaux de qualité une soixantaine de crus du Médoc et une propriété des Graves.

Seuls quatre crus sont classés « Premier Grand Cru Classé » ; Margaux est le seul à être noté 20 sur 20. Ce classement -qui garde toute sa validité aujourd’hui- ne fait qu’entériner la hiérarchie qualitative illustrée par les grandes différences de prix pratiquées par le marché mondial depuis longtemps. Au XVIIIème siècle, les «premiers crus» sont déjà vendus deux fois plus chers que les «deuxièmes crus». Le classement de 1855 succède d’ailleurs à d’autres tentatives de classification plus informelles : après celle de Thomas Jefferson au XVIIIème siècle (voir ce chapitre), l’autre ouvrage de référence est la «Topographie de Tous les Vignobles Connus» publié en 1816 dont l’auteur, André Jullien, est un marchand de vins né à Paris en 1766. Il sera suivi par le négociant en vins allemand Wilhem Franck en 1824 et le courtier Paguierre en 1828. La vraie «Bible de Bordeaux» sera néanmoins «Bordeaux et ses vins, Classés par Ordre de Mérite» rédigé par Charles Cocks -un professeur dont on ne sait malheureusement pas grand-chose- et publié par le libraire bordelais Michel Féret, en 1850. Charles Cocks meurt en 1854, un an trop tôt pour voir que le classement officiel de 1855 correspond au sien à peu de choses près, comme c’était déjà le cas chez Jefferson, Jullien ou Franck.

Sous le Second Empire, c’est peu de dire que Bordeaux connaît un véritable âge d’or, grâce à la construction d’une voie ferrée jusqu’à Paris, mais aussi grâce à l’essor du commerce facilité par les accords de libre-échange inspirés des idées libérales de l’empereur qui peut se vanter, à Bordeaux même : « l’Empire c’est la Paix ».

Il est certain que Napoléon III est pour beaucoup dans l’embellie de la viticulture bordelaise, n’en déplaise à Victor Hugo !