
Le monde du vin, qui s’était tant alarmé à l’arrivée d’un « Hellène dans le Médoc », redouble d’inquiétude au décès d’André Mentzelopoulos, en décembre 1980. Ce paradoxe s’explique en réalité par le fait qu’André Mentzelopoulos a convaincu les plus dubitatifs par son énergie et sa clairvoyance qui, mises au service de sa passion pour Château Margaux, ont, avec une rapidité presque spectaculaire, rétabli la qualité du vin et la réputation du domaine.
Sa fille, Corinne Mentzelopoulos, va aussitôt tenter de relever le défi. Après une licence de Lettres Classiques et le diplôme de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (Sciences-po), elle a débuté comme chef de produits à l’agence Havas. Au décès de son père, elle a déjà intégré le groupe familial comme contrôleur de gestion chez Primistères, la société qui gère les magasins Félix Potin. Sa jeunesse l’empêche peut-être de discerner l’important pari qui est le sien, mais qui est heureusement partagé par toute l’équipe de Margaux, dirigée alors par Philippe Barré. Ce dernier a été recruté par André Mentzelopoulos, et il sait qu’il faut redoubler d’efforts pour ne pas briser la formidable impulsion donnée. Entourée de toute l’équipe du domaine et par l’œnologue Emile Peynaud -lui aussi garde un souvenir ému d’André Mentzelopoulos et ne veut pas décevoir le monde du vin qui le guette-, Corinne se met au travail -rien dans sa formation ne l’avait préparée au vin- et se passionne très vite pour Margaux.
En 1983, Paul Pontallier, ingénieur agronome et docteur en œnologie, rejoint l’équipe de Margaux et le monde professionnel pour la première fois ! Il en devient son directeur au moment du départ à la retraite de Philippe Barré. Le programme d’investissements défini par André Mentzelopoulos est poursuivi, de sorte que Margaux est prêt à relever un autre défi, celui de l’extraordinaire explosion de la demande pour les vins de Bordeaux à partir de 1982. Les Américains sont les premiers à s’enthousiasmer de la sorte pour les Grands Crus Classés, vite rejoints en cela par les connaisseurs plus traditionnels de Grande Bretagne ou d’Allemagne; ce seront par la suite les Japonais, les amateurs de Hong Kong ou de Singapour, les habitants de l’ancien bloc soviétique, de la Chine, de l’Inde etc.…
Les vins de Bordeaux, s’ils sont appréciés depuis des siècles, n’ont jamais connu un tel succès; les amateurs du monde entier viennent visiter, déguster, comparer, commenter.
Bordeaux est béni par une succession de grands millésimes, avec la véritable apothéose que sera le 2000 (puis le 2003 et le 2005). Parallèlement, la société Félix Potin s’est transformée, sous la direction de Jacques Vincent, le collaborateur d’André Mentzelopoulos depuis 30 ans; les magasins ont été cédés, le prestigieux patrimoine immobilier développé, et le groupe -dorénavant Exor- est devenu l’actionnaire de référence de Perrier, première société d’eaux minérales à l’époque dans le monde. Il s’agit alors pour Corinne Mentzelopoulos de trouver des appuis dans le développement d’un groupe qu’il lui paraît imprudent de gérer seule, à un moment de plus où Jacques Vincent ne va pas tarder à prendre sa retraite. Au début des années 1990, un échange de participations est réalisé entre Exor et Ifint, le holding d’investissements internationaux contrôlé par la famille Agnelli et dirigé par Gianni Agnelli, le président des automobiles Fiat. Cette alliance, en donnant la majorité du capital de Château Margaux à une société contrôlée par les Agnelli, permet en réalité à Corinne, dont c’est la principale motivation, de consacrer l’essentiel de son temps à la gestion de la propriété (dont elle est également restée actionnaire) tandis que le reste de ses actifs est géré par ses amis et associés. Cette harmonieuse association se poursuivra 10 ans, jusqu’en 2003, lorsque le groupe Agnelli décide de se séparer des parts qu’il détient dans le capital de Château Margaux. Corinne Mentzelopoulos les rachète aussitôt, devenant ainsi l’unique actionnaire du domaine.
Alors, en ce début du XXIème siècle, comment résumer… Château Margaux: sa place dans le monde du vin, les préoccupations, les ambitions des hommes -et des femmes !- qui travaillent à le parfaire encore ?
La prospérité rencontrée par les vins de Bordeaux et l’essor de nombreuses autres régions du monde, s’ils ont placé Château Margaux dans un climat plus concurrentiel, ont aussi permis d’en souligner le positionnement unique : celui d’un Premier Grand Cru Classé jouissant d’un terroir façonné au fil des siècles. Pas question pour autant de nous endormir sur nos lauriers -il serait fastidieux d’énumérer ici les investissements, grands et petits, réalisés dans la propriété depuis 1977, pas question non plus de tout révolutionner lorsque les anciens régisseurs et propriétaires ont su, malgré leur relative ignorance technique, produire le 1900 ou le 1961 ! Il s’agit d’être à la hauteur de cet héritage, tout en se remettant sans cesse en question pour améliorer, perfectionner ce qui peut l’être encore, dans le respect du patrimoine unique qu’est celui de Château Margaux. Le renforcement de l’équipe de direction du domaine avec l’arrivée, dés 1990, de Philippe Bascaules, ingénieur agronome comme Paul Pontallier, le recrutement, en 2000, d’un responsable recherche et développement, vont dans ce sens : être digne de l’histoire de Margaux tout en progressant sans cesse-dans les moindres détails- pour ne jamais décevoir les amateurs du monde entier.
Vous, qui êtes venus lire ces pages sur notre site, ou qui avez quelques bouteilles de Château Margaux dans votre cave, sachez à quel point votre intérêt nous stimule, et votre passion pour nos vins nous est chère. Merci.